Pourquoi le TCS parie sur les voitures électriques

Depuis sa fondation, le Touring Club suisse, plus grand club de la mobilité helvétique avec 1.5 million de membres, a toujours assumé son rôle de pionnier en matière d’évolution technologique. Rencontre avec Jürg Wittwer, directeur général du TCS.

Jürg Wittwer

Loin de jouer les observateurs passifs, le TCS est actif dans tout ce qui concerne les déplacements motorisés privés. A cet égard, la voiture électrique semble gagner du terrain…

Jürg Wittwer : Sans aucun doute. Dès lors, et parce que nous avons été, de tout temps, impliqués dans la technologie de pointe, nous voulons être un acteur dans la profonde mutation qui va redessiner les contours de la mobilité du futur.                                                   

Vous considérez donc que ce type de véhicule a un avenir certain ?

J.W : Certes et nonobstant, le fait que cette technologie comporte encore un certain nombre d’inconnues. Je reste convaincu que la voiture électrique aura un rôle prépondérant dans cinq, dix ou quinze ans. Le TCS compte bien assurer son rôle d’influenceur pour se positionner à l’avant-garde de ce segment en pleine effervescence.

Hyundai Kona testée par le TCS Genève. Image prise au Centre de conduite TCS du Plantin

Utopie ou intime conviction ? L’électrique est encore très onéreuse et son autonomie n’est pas encore optimale ?

JW : Intime conviction car si l’on observe les derniers développements dans ce domaine, il n’y a pas de doute que l’auto électrique a toutes les chances de devenir le véhicule par excellence du futur. Je me réfère à différents paramètres. Tout d’abord, je constate que tous les constructeurs travaillent aujourd’hui sur des spécimens à propulsion électrique. Des douzaines de modèles seront sur le marché dans les trois ans à venir. Ce ne seront pas des prototypes mais bien des véhicules à l’usage des automobilistes. Car ceux qui les conçoivent ont un intérêt commercial à ce qu’ils soient performants.

Les batteries, qui ont soit gagné en efficience, ne sont pas encore au sommet de leur potentiel ?

JW : La batterie a, ces dernières années, gagné en densité énergétique. Et parallèlement, la courbe des prix est descendante. Au point que dans un avenir proche, le prix de la voiture électrique sera moins élevé que celui de la voiture dotée d’un moteur à combustion.

Du point de vue de la technique, quelle différence entre les deux types de moteur ?

JW : Le moteur à propulsion électrique est singulièrement et peut-être paradoxalement plus simple que le moteur à combustion. Pour caricaturer, il y a moins de pièces. Dès lors les pannes sont moins fréquentes, ce qui le rend particulièrement fiable. En outre, le véhicule électrique constitue la plateforme idéale, celle qui répond au mieux à nos besoins d’hyper-connectivité (smartphones notamment) et celle qui permet le mieux le développement de la conduite autonome.

L’industrie de la voiture électrique est, souligniez-vous, en plein essor ?

JW : En effet. Les constructeurs chinois sont en train de faire les premiers pas pour investir les occidentaux. Ils sont actuellement en train de produire des véhicules, financièrement accessibles, pour leur propre marché. Soit, ils doivent encore gagner en qualité et améliorer le design. Mais en achetant des marques, Volvo en 2010 et en entrant dans le capital de Daimler, ils vont acquérir de l’expérience et de l’expertise dans ces domaines.

Moins polluantes que les voitures qui usent de carburants, les autos électriques sont la panacée ?

JW : Comme toute technologie émergente, il y a encore des problèmes à résoudre. S’il est vrai que le moteur électrique n’émet pas de gaz polluant, qu’il permet de circonscrire les nuisances sonores, il faut encore trouver un moyen de produire de l’électricité « propre ». En Suisse, nous avons un privilège important. Une large part de la production électrique provient de centrales hydrauliques. Et puis, il faut que le réseau électrique puisse être apte à répondre à la demande d’une arrivée massive de voitures électriques. Enfin, aujourd’hui aucun constructeur n’est prêt, précisément, pour la fabrication à large échelle de véhicules électriques. Le prix, l’autonomie, l’inadaptation du réseau d’alimentation représentent encore un frein à la mobilité électrique pour un large public. Mais, ce qui peut être considéré comme une véritable révolution est déjà en marche et ces problèmes trouveront une solution dans les années à venir.

Vous évoquiez les fabricants chinois, prêts à investir les grands espaces économiques, comme l’Europe et les États-Unis. D’autres constructeurs ont l’œil rivé sur les jeunes pousses de la technologie automobile ?

JW : Un grand nombre de start-up planchent sur des modèles qui ne seraient pas simplement des copies, version électrique, des voitures à combustion. Des modèles de véhicules monoplaces, d’autres où le conducteur est debout, ont déjà été présentés. Le chemin est encore long, peut-être, mais la mobilité électrique est incontestablement sur la voie royale.

Le TCS pourra-t-il s’adapter à cette nouvelle configuration ?

JW : Le TCS est déjà prêt. Car il y a longtemps, que notre Académie de la mobilité (Cellule de réflexion qui s’occupe, depuis 2008, de mobilités porteuses d’avenir et durables) se questionne sur toute nouvelle technologie. Nos services de dépannage sont formés et se forment constamment pour assurer la prise en charge des véhicules électriques. Ces changements au sein de notre organisme ne se font pas au détriment des automobiles « traditionnelles » qui tiennent encore le haut du pavé. Mais il en va de la voiture comme du téléphone mobile. Qui aurait imaginé dans les premiers temps du smartphone, qu’il allait se démocratiser et comporter autant de fonctions ? Le TCS fidèle à sa devise « Toujours à mes côtés » est là pour défendre les intérêts de la mobilité individuelle de ses membres – indépendamment du type de moteur ou du combustible utilisé.

Propos recueillis par Adélita Genoud

BON PLAN

Rendez-vous le samedi 15 juin 2019, de 10h à 17h au Centre de conduite TCS du Plantin à Meyrin. L’événement est ouvert au public et est gratuit. Vous avez l’occasion de tester des voitures électriques de différentes marques (Audi, BMW, Jaguar, Hyundai, Nissan, Renault, Tesla)…une manière de rêver pour certains, se projeter vers le futur ou peut-être poser des questions aux constructeurs sur les nouvelles technologies ou encore tester une voiture pour un nouvel achat. Vous voulez mettre à jour votre dossier TCS ? C’est le moment, il y a de belles promotions.

Tous les détails et réservation de la flotte pour le test ici.

ARTICLES SUR LE THÈME

Zurich, un exemple ?

Élue «ville la plus agréable pour les piétons» selon un test réalisé à l’initiative de l’association actif-trafic, Zurich semble être devenue un modèle en matière de mobilité douce. Une ville comme Genève pourrait-elle suivre un tel exemple? Analyse d’un phénomène en pleine mutation avec Reto Cavegn, directeur du TCS zurichois.

La mobilité douce est devenue à Zurich un enjeu majeur pour les pouvoirs publics, entraînant un maillage parfois hétéroclite de la ville dont le trafic motorisé se retrouve fortement freiné du fait d’une part, de la multiplication des zones 30 et d’autre part, des nouvelles limitations imposées aux portes de la cité. Si les automobilistes peuvent se sentir tenus à l’écart du centre-ville, les services des transports en commun sont quant à eux privilégiés, en passe de devenir l’un des modes de déplacement les plus utilisés par la population.

Vue aérienne de Zurich au couché du soleil, Suisse
Aerial view of Zurich’s cityscape panoramic at sunset, Switzerland.

Après leurs pieds, les zurichois préfèrent les transports en commun

Selon la répartition modale la plus récente, 41% des Zurichois utilisent en priorité les transports en commun (tramway, bus, S-Bahn), 26% privilégient les trajets à pied, 25% les véhicules ou engins motorisés pour seulement 8% qui déclarent se déplacer en vélo. Rappelons que la topographie de la ville de Zurich ne favorise pas vraiment l’usage quotidien de la petite reine, même si de gros efforts sont engagés en faveur du trafic cycliste, notamment grâce à la présence de plus en plus remarquée des vélos électriques. Parallèlement à cette tendance, en pleine croissance, on notera l’arrivée récente mais remarquée dans le paysage urbain des trottinettes, planches à roulettes et autres Segway.

A fond sur la campagne « Carvelo2go »

Afin de faire progresser la mobilité douce sans bannir pour autant la voiture, qui reste l’un des moyens les plus commodes et les plus sûrs pour aller d’un point A à un point B, la section zurichoise du TCS soutient activement le réseau de partage de véloscargos électriques Carvelo2go dans plusieurs quartiers. La vocation et la mission du TCS restent en effet d’améliorer les conditions de circulation, tout en réfléchissant à une cohabitation harmonieuse et efficiente des différents moyens de transports utilisés. À ce sujet, le TCS travaille activement sur un projet visant à dégrouper les voies de circulation entre usagers, de façon entre autre à éviter les «zones mixtes» où se côtoient (pas toujours avec bonheur) cyclistes, piétons et adeptes de la trottinette. Qui dit «mobilité douce» impose donc de favoriser à l’avenir non seulement les transports en commun mais aussi les engins et dispositifs électriques sans mettre systématiquement la voiture au rebut. Si la mobilité douce avance rapidement et sûrement à Zurich, la voiture (électrique ou pas) n’a pas dit son dernier mot.

Catherine Delaby

Reconnue une fois encore comme la 2e ville au monde* offrant la meilleure qualité de vie, Zurich attire chaque année de nombreux étrangers mais aussi beaucoup de Romands qui décident de venir s’y installer. Pourquoi fait-il aussi bon vivre, travailler, se déplacer et se cultiver dans la capitale alémanique? Premiers éléments de réponse avec Delphine Favier, Directrice Générale de Montblanc Suisse SA, qui vient régulièrement Outre-Sarine.

Dans quel canton habitez-vous ? Dans quel canton travaillez-vous ?

Delphine Favier : J’habite dans le canton de Vaud et me déplace à travers toute la Suisse régulièrement pour visiter nos cinq boutiques Montblanc et nos partenaires. Mon bureau se situe dans le canton de Genève, sur le Campus Genevois de la Haute Horlogerie à Meyrin.

À quelle fréquence venez-vous à Zurich ?

Une à deux fois par mois.

Pourquoi vous rendez-vous à Zurich aussi souvent ?

Pour des raisons professionnelles à 90%. Visiter notre boutique sur la Bahnhofstrasse, rencontrer un de nos partenaires, participer à un événement…

En moyenne, combien de temps restez-vous sur place ?

Un à deux jours, rarement plus.

Aimez-vous venir et séjourner à Zurich ?

Oui vraiment, car Zurich est une ville où l’on se sent vivant ! C’est énergisant ! En toute saison et à tout moment, les rues de Zurich s’animent et répondent à vos envies diverses de shopping,  de restaurants, de sorties… L’architecture est belle, il y a de beaux quartiers à découvrir et à visiter. Au cœur de la ville, on ressent une modernité et une qualité de vie indéniables.

Quel moyen de transport principal utilisez-vous pour aller à Zurich ?

Principalement le train, à la fois pour optimiser le temps de transport et pouvoir travailler. Également parce que vous arrivez au pied de la Bahnhofstrasse qui se trouve à 10 minutes à pied de notre boutique Montblanc.

Sur place à Zurich, comment vous déplacez-vous ?

La plupart du temps, je me déplace à pied pour m’imprégner au maximum de l’ambiance de la ville et prendre le pouls de ce qu’il s’y passe: une nouvelle boutique, une façade rénovée, la densité, l’apparence et la mine des passants… Lorsque je suis pressée, je saute dans un tram. Toujours à proximité, le réseau de tram y est rapide et fiable.

Si vous aviez le choix, quel serait votre moyen de déplacement idéal en centre-ville? 

J’ai le choix donc ma réponse est identique. J’ajouterai que pour une question de confort (car je suis souvent perchée sur des talons de 8 cm 🙂 ), je prends le taxi pour aller ou revenir d’un dîner ou d’un événement Montblanc.

À part la voiture, quels sont d’après vous les engins les plus utilisés à Zurich ? 

Pour avoir expérimenté régulièrement le tram aux heures de pointe, il semblerait que beaucoup de Zurichois apprécient ce moyen de transport ! J’ai aussi testé le risckshaw dernièrement pour une chasse au trésor organisée par Montblanc dans la ville : très drôle mais par sécurité, ce n’est pas le mode de transport que j’utiliserai régulièrement !

Estimez-vous que certaines villes suisses sont pionnières dans le domaine de la mobilité douce ?

J’ai cru comprendre que Zurich introduisait plus de 1500 e-trottinettes dès ce mois-ci : une idée intéressante en soi pour un trajet porte-à-porte et écologique, mais je reste dubitative sur les conséquences de la mixité et de la densité des utilisateurs de trottoirs. Certes de gros travaux ont été faits à Zurich pour les agrandir, mais vélos + trottinettes + poussettes + piétons vont-ils réussir à faire bon ménage ? Je citerai également Bale, où je me rends régulièrement pour notre boutique, comme ville bien adaptée à la mobilité douce.

Que pensez-vous que Zurich doit améliorer en termes de mobilité ?

La mobilité douce est très certainement à promouvoir, mais les places de parking manquent cruellement à Zurich. Cela pose problème aux boutiques de luxe du centre-ville car leurs clients privilégient définitivement le déplacement en voiture. La densité de ce type de boutiques à Zurich participe activement à la qualité de vie et à la notoriété de la ville à l’étranger. Il est donc primordial de les aider à faciliter la venue de cette clientèle. D’autre part, si le nombre de trottinettes et de vélos doit s’accroître, des pistes dédiées seraient un atout sécurité.

Si Genève pouvait s’inspirer de ce qui se fait à Zurich en termes d’aménagement pour améliorer les conditions de circulation, qu’est-ce que ce serait ?

Outre la nécessité d’avoir accès à des trottoirs plus larges, la question du Pont du Mont-Blanc mérite d’être posée. Ce pont est axe inévitable pour relier les deux rives de la ville ; on ne peut l’éviter. J’ai en mémoire un projet d’aménagement d’un pont ou d’un passage souterrain supplémentaire, qu’est-il devenu ? À Genève, le manque de place de parkings est aussi à déplorer. Si on prend l’exemple de la rue du Rhône (où se trouvent la plupart des boutiques de luxe), les clients ne peuvent souvent pas stationner…

En tant que General Manager de Montblanc Suisse SA, vous vous déplacez beaucoup entre Meyrin et Le Locle et Villeret où se trouve le site de production de Montblanc. Trouvez-vous qu’il soit facile et accessible de se déplacer en Suisse ?

Le relief de la Suisse est à la fois riche et varié. Le pays est environné de lacs et de montagnes, où il n’est pas toujours facile de se déplacer, notamment en hiver ! C’est pourquoi le réseau ferroviaire suisse est aussi bien organisé. Prendre le train, c’est simple, rapide, peu contraignant. Personnellement, c’est un moyen de transport que j’apprécie, parce que j’ai rarement vu des connections aussi pratiques (contrairement à la France, par exemple) ! Pour le reste, je dirai que l’accès à certaines villes comme Zermatt ou Le Locle et Villeret, où je me rends régulièrement, relève presque de l’exploit sportif J Niché entre les montagnes, ce petit coin de nature et de verdure se mérite. Cette difficulté d’accès fait d’ailleurs complètement partie du charme du lieu. Et participe à la préservation de sites authentiques que les clients apprécient beaucoup. Et nous aussi !

Propos recueillis par C.D.

*Selon le classement 2019 du cabinet américain Mercer

Christian Lüscher, point de vue

Conseiller national et avocat, Christian Lüscher partage avec nous ses positions sur la mobilité à Genève.

Comment Genève est-elle perçue à Berne au niveau de la mobilité et de la circulation ?

Genève a longtemps été perçue comme un canton ayant une politique illisible et comme étant désunie au niveau de ses représentants à Berne; cela s’est amélioré mais la Confédération dit qu’il y a des sujets d’ordre fédéral comme le contournement de Genève et qu’il y a des sujets purement cantonaux comme l’entrée dans la ville et la traversée de la rade.

Justement la Traversée de la Rade, vous y croyez toujours ?

La traversée du Lac plus que de la rade est le seul moyen de faire évoluer la situation ; il y a aujourd’hui des gens qui traversent la ville et qui ne la traverseraient jamais s’il y avait un véritable « ring ». On fait fausse route si on pense que la population, qui a appelé de ses vœux cette traversée, est en train de s’adapter à la congestion qu’elle vit au quotidien. S’il faut privilégier la mobilité douce, on doit néanmoins considérer les impératifs économiques car il y a beaucoup de gens qui ont besoin de leurs véhicules privés et qui n’ont pas forcément d’autres choix.

Quand vous allez à Berne, vous voyagez comment ?

Je n’utilise que le train et en ville je prends mon scooter ; je ne touche jamais à ma voiture en ville ; et ceci pour une simple raison : cela me rend « cinglé » de passer des heures dans la voiture sans être sûr que je pourrai me garer près de l’endroit ou je dois me rendre.

Avec le scooter, vous utilisez les voies de bus ?

Je ne peux pas vous répondre car mon avocat n’est pas présent !

Parlons des vélos en volle. Est-ce une solution à favoriser? Comment cela est le cas pour certaines personnes, vous agaçent-ils ?

Non ils ne m’énervent pas ; si les cyclistes n’étaient pas à vélo ils seraient probablement en voiture et donc ils participeraient encore plus au congestionnement de la ville. Leur relation avec les piétons est quelquefois problématique mais il faut bien souligner que, dans leurs relations avec les autos, les camions et les scooters, ils jouent leur vie ; ils doivent faire constamment attention car ils peuvent être les premières victimes de leurs écarts de conduite.

Le permis pour vous c’était à quel âge ?

18 ans et vous ne pouvez pas imaginer comme je piaffais en attendant de pouvoir passer le permis. Ce n’est pas le cas de mes enfants et j’ai pu constater que le permis de conduire n’est pas une première nécessité pour les jeunes d’aujourd’hui. Je suis d’une génération qui était devant le service des autos pour passer la théorie le matin même de ses 18 ans. Il faut dire aussi qu’on avait moins conscience des risques, qu’on roulait trop vite et que les voitures étaient moins sécurisées que maintenant ; mes enfants roulent de manière prudente, ils ont conscience du danger et ne se mettent pas dans des situations dans lesquelles nous nous mettions à l’époque. Et ça, c’est très positif.

Allez-vous au salon de l’automobile ?

J’y allais systématiquement avant d’être élu à Berne ; l’inauguration ayant lieu pendant les sessions du Conseil National je n’y vais plus que rarement ou alors si je suis particulièrement motivé, c’est à dire si je veux changer de voiture. A part cela c’est un événement excellent pour l’image de Genève à l’étranger et pour l’économie suisse en général. L’automobile reste quelque chose qui fait rêver, le salon de Genève est mondialement connu et j’espère bien qu’il continuera à faire rayonner la ville de nombreuses décennies encore. [Cet article a paru dans le journal Itinéraire de février 2019]

« Sa voiture, son chez soi. » Marc Rosset

Marc Rosset, premier champion olympique de tennis sacré en 1992, fait partie du cercle très fermé des rares joueurs au monde à avoir remporté un tournoi sur les quatre surfaces différentes. Il est désormais consultant auprès de la TSR et directeur sportif du Geneva Open ATP 250.

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Certaines personnes se rappellent qu’en 1989, lorsque vous aviez gagné le Geneva Open, vous vous rendiez au Tennis Club des Eaux-Vives en scooter avec un L. Aujourd’hui, comment vous déplacez-vous à Genève ?
Juste après ma victoire, j’ai longtemps roulé en voiture rapide. C’était une époque où l’on pouvait encore rouler assez vite. Depuis, cela m’a passé. Maintenant, j’alterne entre voitures, motos et scooters. Il est vrai qu’avec le temps je suis devenu motard.
J’ai découvert la moto il y a une dizaine d’années. À Genève, c’est plus simple de se déplacer à moto et c’est aussi un remarquable moyen pour découvrir de magnifiques paysages. Le sentiment de grande liberté que l’on ressent lors de virées est indescriptible.

Ce sentiment de liberté, le ressent on seulement en roulant à moto ?
Non, pas nécessairement. L’être humain a ce sentiment dès qu’il est dans sa voiture. Lorsque, par exemple, vous revenez de vacances ou de voyages d’affaires et que vous atterrissez à Cointrin, deux sentiments contraires peuvent vous habiter. Si vous rentrez chez vous en taxi, vous prolongez en quelque sorte votre voyage. Mais dès que vous êtes dans votre voiture, vous êtes déjà chez vous.
C’est votre espace de liberté.

Comment appréciez-vous la mobilité en ville de Genève ?
Je relativiserai. Nous les Genevois avons toujours tendance à nous plaindre. À gueuler. Mais, quand vous sortez de Genève, et que vous vous rendez à Moscou ou à Saint-Pétersbourg — des villes que je connais bien pour m’y rendre régulièrement — la réalité est très différente. Moscou, une ville de plus de 10 millions d’habitants, subit des embouteillages beaucoup plus importants qu’à Genève. Alors qu’ici, il suffit que ça bouchonne entre la rue de Lausanne et le quai Gustave-Ador pour que tout le monde s’énerve. Et puis les Genevois râlent toujours contre les travaux. Mais il y en a toujours à Genève. C’est comme ça. En revanche, je dois reconnaître que j’ai un mode de vie sans vraiment d’horaires fixes. Et contrairement à d’autres, je circule rarement pendant les heures de pointe…

Les jeunes passent leur permis beaucoup plus tard, qu’en pensez-vous ?
Les nouvelles générations vont sans doute avoir une approche différente de la voiture et de la circulation. Les habitudes changent. Mes neveux ont un rapport au déplacement différent du mien. Leur abord est totalement distinct. Mais pas seulement.
Mon frère se rend à son bureau en vélo électrique. En hiver, les week-ends, quand il va avec sa famille en Valais, il utilise le train. Cela lui prend seulement deux heures et il évite les bouchons. Et il ne doit pas être le seul à agir de la sorte. Et pourtant, le vendredi à l’aller et le dimanche au retour, l’autoroute est toujours aussi pleine…

Aujourd’hui, quand vous vous rendez au Geneva Open, comment y allez-vous ?
Je m’y rends en moto, en scooter ou alors en voiture. Cela dépend du temps. Mais c’est quand même paradoxal. À Wimbledon, par exemple, je fais plus de distances en transport public. En fait, quand on est ailleurs on s’adapte. Alors que dans sa ville on recherche son confort!

Propos recueillis par Robin Bleeker


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Les entreprises attendent des mesures concrètes. Blaise Matthey

Blaise Matthey, directeur de la Fédération des Entreprises Romandes (FER), nous répond à propos de la mobilité à Genève, en particulier du point de vue des entreprises.

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Quelle est l’ambiance générale des entreprises membres de la FER à propos de la mobilité à Genève?

La mobilité reste un dossier clé des conditions-cadres nécessaires au bon fonctionnement de l’économie. Or, se déplacer à Genève est souvent très difficile, pour ne pas dire plus. Le temps perdu dans les ralentissements et dans les embouteillages pénalise les membres de la FER Genève. Ce dernier augmente, ce qui est source de préoccupation pour les membres de notre Fédération qui n’hésitent pas à s’en plaindre auprès de nous.

Nous espérons que le nouveau conseiller d’État pourra répondre avec son administration aux attentes des entreprises en matière de mobilité durant la législature qui vient de commencer. Il s’agit d’achever le catalogue de mesures susceptibles d’améliorer le fonctionnement des entreprises. Le dialogue a été bon par le passé, même s’il y a eu des divergences sur certaines mesures proposées (cf. ci-dessous).

Quels sont les aménagements qui sont perçus comme positifs, et négatifs?

Je me permets de vous transmettre les remarques sous forme de liste, en vrac et de manière non exhaustive:

Positif

  • Tout aménagement piétonnier de qualité intégrant un stationnement à proximité. A ce sujet, nous espérons que le projet Clé de Rive puisse se concrétiser. Il serait sans doute possible d’aller plus loin en ayant un plan piétonnier cohérent. Nous en avons étudié les contours.
  • Le développement des lignes de tram pour autant qu’elles soient en site propre. Le tram en direction du Grand-Saconnex est attendu par les milieux économiques en complément de la route des Nations en cours de réalisation.
  • Le retour de certaines ondes vertes destinées à améliorer la fluidité et à minimiser les stop-and-go.
  • La réalisation de la route des Nations et le futur élargissement de l’autoroute entre le Vengeron et l’aéroport avec le réaménagement de la jonction du Grand-Saconnex.
  • La demi-jonction de Vernier-Canada et le barreau de Montfleury qui lui est lié, notamment pour soulager le tunnel de Vernier.
  • Le barreau Nord en lien avec le développement de Bernex-Nord.

Négatif

  • Le stationnement anarchique des deux-roues motorisés ou non par faute d’aménagements adéquats et par manque de contrôle.
  • Le fonctionnement actuel des douanes allant de celle de Bardonnex aux postes non contrôlés. Il faut noter que nous avons eu avec les milieux du commerce et les autorités cantonales un dialogue constructif avec le conseiller fédéral Ueli Maurer. Il restera à voir si cela se traduit par une plus grande efficacité et une nouvelle allocation des moyens. La concentration des opérations de dédouanement à Bardonnex peut conduire à une augmentation de sa congestion. Il est donc indispensable que l’application mobile «quickzoll» contribue à améliorer la fluidité pour le transport professionnel.
  • L’aménagement de certaines interfaces de transport: gare routière, gare de Cornavin, place Bel-Air… qu’en sera-t-il de la gare des Eaux-Vives?
  • Un manque de lisibilité de certains aménagements en faveur de la locomotion douce, par ex. contresens cyclables ou secteur des Quais et du pont du Mont-Blanc, en attendant la réalisation de la passerelle piétonne qui tarde beaucoup trop.

Au-delà de la circulation, comment la collaboration avec les autorités cantonales et communales se passe-t-elle?

Notre Fédération a plutôt des contacts avec l’Administration cantonale, en particulier avec la Direction générale des transports (DGT), qu’avec les administrations communales, si ce n’est parfois avec les communes de la couronne urbaine et la Ville de Genève en particulier.

Nous sommes entendus si ce n’est écoutés. Nos échanges sont réguliers, y compris avec le conseiller d’État en charge de la mobilité.

Quoi qu’il en soit, les administrations se tiennent le plus souvent à notre disposition de telle manière à ce que nous puissions informer nos membres sur les dossiers pouvant les impacter en termes de mobilité.

Nous siégeons au sein du Conseil des déplacements (CODEP).

Quelles sont les demandes des entreprises par rapport à ce sujet?

Elles concernent principalement le stationnement des véhicules professionnels et l’accessibilité des visiteurs aux différents pôles d’activité du Grand Genève. Les gênes subies par les chantiers en font également partie, même s’il s’agit d’une problématique plus ponctuelle.

La question des travaux et de leur planification est-elle un problème?

Elle a toujours été problématique, souvent par faute de coordination entre les différentes parties prenantes (Ville, Canton, SIG, Swisscom, etc.). La rive droite dans le secteur des organisations internationales et de l’aéroport, avec tous les chantiers qui vont l’affecter ces temps prochains, nous préoccupe grandement. Nous espérons que tout a été mis en place pour impacter le moins possible le déplacement des usagers dans ce secteur clé du Grand Genève, notamment pour ce qui concerne la zone de l’aéroport (fret et passagers), sans oublier l’accès aux principales zones industrielles avoisinantes capitales pour l’économie locale. Nous suivons ce dossier de près.

 Sur le plan individuel, comment vous déplacez-vous? Est-ce que vous variez les moyens de transport?

Je suis multimodal. Pour me rendre à mon bureau, en ville et à la proche périphérie, je circule en vélo électrique ou à pied. En TPG, lorsque le temps ou le lieu à atteindre ne le permettent pas. Pour les moyennes distances ou pour l’étranger, en voiture, en train, en bus ou tram et en avion. Sur le territoire national, principalement, mais pas exclusivement, en train et ensuite avec les transports publics locaux ou en taxi. Je n’aime pas perdre du temps dans les transports, raison pour laquelle ma préférence va au moyen le plus efficace.

L’accent mis sur la mobilité douce vous paraît-il approprié?

Là où l’on peut y avoir recours facilement, oui, bien entendu. En revanche, si c’est sans nuance face aux possibilités de transport existantes, pas vraiment. Je crois surtout à l’optimisation de la chaîne de transport qui doit prendre en compte l’ensemble des moyens à disposition. C’est ce que nous avons fait à la FER Genève avec notre plan mobilité il y a plusieurs années.

Oui aussi, parce que c’est précisément un moyen d’améliorer la circulation du transport professionnel et collectif, et que c’est bon pour sa santé et que cela contribue à protéger l’environnement.

Je soutiens les projets d’infrastructures en cours de développement, mais déplore qu’au centre-ville la coordination entre les services municipaux et cantonaux ne soit de loin pas optimale. Le réseau s’est beaucoup amélioré ces dernières années, mais on reste parfois pantois devant certains aménagements refaits, qui auraient pu encore améliorer la position des adeptes de la mobilité douce. Je mesure combien il est délicat de concilier tous les intérêts, mais je crois que la complémentarité doit demeurer le principe de base et doit permettre une modulation selon les zones. C’est d’ailleurs ce qu’a exprimé le peuple genevois lors de son vote sur la mobilité.

Non, en matière de comportement des nombreux usagers de deux roues, y compris ceux de la mobilité douce, qui ignorent trop souvent la LCR et constituent une source de danger pour le trafic individuel motorisé et non motorisé, piétons compris, et le trafic professionnel. Je suis un de ces utilisateurs de la mobilité douce et je vois quotidiennement ce qui se passe. J’ai le sentiment que le fait d’être en deux-roues, quel qu’il soit, signifie pour certains un droit à l’irrespect. Et c’est ce qui manque sans doute le plus pour arriver à améliorer la circulation dans les points sensibles.

Quels sont les autres sujets qui vous occupent?

J’ajoute que nous allons continuer de suivre avec attention l’application de la loi pour une mobilité équilibrée et cohérente, en particulier le catalogue des cent mesures annoncées, le planning et le financement à mettre en place pour la traversée du lac, projet que nous avons avec d’autres organisations, dont le TCS, ressuscité il y a quelques années en démontrant qu’il est réalisable et finançable. Nous soutiendrons l’élargissement de l’autoroute de contournement et la desserte de Genève Sud, à mettre en parallèle avec un éventuel usage payant de l’autoroute du pied du Salève,

ainsi que l’ensemble des mesures des 3e (en cours) et 4e  étapes (en devenir) du programme en faveur du trafic d’agglomération, sans oublier la concrétisation des projets validés lors des 1re et 2e étapes

Nous demeurons très intéressés et ouverts sur la mobilité du futur pour faire face aux besoins des usagers et selon une société 4.0: modes lacustres, télécabines, véhicules autonomes, etc.

Propos recueillis par Gil Egger

Source photographie : HRtoday.ch


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Claude Devillard

Le plaisir de conduire comme avant a disparu

Claude Devillard

COMMENT VOUS DÉPLACEZ-VOUS À GENÈVE ?
Quand c’est nécessaire, je prends la voiture. De mon domicile d’Onex à la gare, je circule en tram. En un quart d’heure, je suis en ville, sans problème de parking ni de stress. C’est pour moi une question de rapidité! Mes quatre enfants ont tous le permis de conduire depuis leurs 18 ans. À mes yeux, cela reste le gain d’une certaine liberté. Ils ne veulent pas avoir leur propre voiture et s’enquiquiner à chercher où parquer, ils empruntent donc celles des parents. Ils se déplacent un maximum en transports publics. Lorsqu’il le faut, ils prennent un véhicule Mobility ou ils louent une voiture pour partir en week-end.

QUEL EST VOTRE RAPPORT À LA VOITURE ?
La voiture, c’était un sentiment de liberté d’une part, et le plaisir de conduire d’autre part. Aujourd’hui je dois reconnaître que je n’éprouve plus beaucoup de satisfaction à conduire comme avant. J’envisage d’ailleurs de mettre à disposition de l’entreprise un chauffeur car, selon le parcours, le voyage en transports publics peut s’avérer compliqué. Un trajet avec chauffeur permettrait d’optimiser mon temps en lisant mes e-mails et en effectuant mes appels. Le plaisir de conduire revient lorsque l’on fait un déplacement sympathique le week-end, hors des sentiers battus, loin de la circulation et sans stress. J’apprécie! Mais pour une utilisation professionnelle, c’est insupportable!

LA MAISON DEVILLARD EMPLOIE UNE CENTAINE D’EMPLOYÉS SUR DIFFÉRENTS SITES. SONT-ILS INCITÉS À PRENDRE LES TRANSPORTS PUBLICS ?
Oui absolument, on a même une prime spéciale mensuelle pour les collaborateurs qui adoptent la mobilité douce. C’est-à-dire TPG ou vélo. Nous leur offrons l’équivalent du prix de l’abonnement TPG. Ça marche bien! Et nous avons même construit depuis un garage à vélo!

QUAND LE CEVA SERA EFFECTIF ET SI L’OPPORTUNITÉ EN VAUT LA PEINE, ENVISAGERIEZ-VOUS D’OFFRIR À VOS COLLABORATEURS FRONTALIERS CES MÊMES CONDITIONS ?
Oui, tout à fait, s’ils ne prennent plus la voiture! Toutes les mesures que nous mettons en place pour diminuer le trafic sont favorables à tous.

PARLONS DES CYCLISTES: COMMENT LES RESSENTEZ-VOUS EN VILLE DE GENÈVE ?
C’est effrayant! Je pense que la plus grande source d’anxiété pour un conducteur quel qu’il soit, c’est les cyclistes. Majoritairement, ils débouchent de nulle part, ils brûlent les feux rouges, ils ne respectent ni les trottoirs ni les passages piétons.

À PROPOS DE LA MOBILITÉ À GENÈVE ET DES PROJETS D’AMÉNAGEMENT, NOUS PENSONS À LA GARE OU À LA TRAVERSÉE DU LAC PAR EXEMPLE, QUELLE EST VOTRE POSITION ?
Je pense qu’il faut agrandir la gare puisque le transport ferroviaire va augmenter. Ce que je regrette c’est que l’on n’ait pas finalisé la «raquette» (le tracé qui va de l’aéroport à la gare). Nous aurions pu proposer un projet d’agrandissement de la gare plus raisonnable et une meilleure fluidité dans le trafic. D’autre part, il est regrettable de ne pas avoir trouvé d’accord avec la gauche et les écologistes, pour construire un pont ou un tunnel sur le lac. Éventuellement un pont à deux étages, d’une part pour les véhicules individuels et d’autre part pour les trains.

VOUS VOYAGEZ BEAUCOUP ET VOUS CONNAISSEZ SANS DOUTE D’AUTRES VILLES COMPARABLES À GENÈVE. AVEZ-VOUS UNE RÉFÉRENCE OU UN MODÈLE EN MATIÈRE D’AMÉNAGEMENTS ET D’ORGANISATION DE LA CIRCULATION ?
À Paris, Londres, Berlin, Bruxelles, je n’imagine même pas circuler autrement qu’en transports publics. Ils sont bien organisés, notamment le métro qui dispose de connexions et de plans très pratiques. Prendre la voiture n’aurait pas de sens! J’ai eu récemment un coup de foudre pour la ville de Copenhague. Ils ont conçu des «autoroutes» pour vélos qui permettent une circulation fluide, rapide et en toute sécurité. En conclusion, il faut cependant souligner les travaux d’aménagement de la Voie verte à Genève, semblable à la Green Line de New York. C’est vraiment une réussite! Enfin, je suis convaincu que le modèle CEVA genevois, associé à un bon réseau de trams, devrait aider considérablement à l’amélioration du trafic en ville. Le CEVA sera très agréable autant pour ceux qui sont au-dessus que pour ceux qui sont en dessous!

Propos recueillis par Gil Egger


Alain Morisod

LA MOBILITÉ A GENÈVE ? UN SCANDALE!

COMMENT VOUS DÉPLACEZ-VOUS À GENÈVE ?
Essentiellement en bus, d’Anières, où j’habite, aux Eaux-Vives, où je travaille. Je suis abonné aux TPG depuis plus de 40 ans et je n’ai jamais appris à conduire. Pendant la journée, il arrive qu’un de mes collaborateurs m’amène à mes rendez-vous, sinon je fais appel à un taxi. Je suis un bon client des taxis, mais pas forcément des taxis Uber (rires).

POUR QUELLE RAISON ?
Je me sens proche des taxis genevois et leur service est très bon. Je les connais pratiquement tous.

VOUS NOUEZ DES RELATIONS DANS LES TPG ?
Ah oui! Certains chauffeurs sont très loquaces, d’autres plus discrets. Avec certains on se tutoie même. Pour la petite histoire, l’un d’eux m’a dit: «C’est vous ou bien vous lui ressemblez?». C’est assez sympathique. Selon moi, à Genève, les personnes qui gueulent contre les transports publics sont celles qui ne les utilisent pas. Ils sont à l’heure, ils fonctionnent tous les jours. On oublie que nous sommes mieux lotis qu’ailleurs, comme en France par exemple où la tolérance d’horaire est d’une demi-heure à trois heures. Je n’ai personnellement pas à me plaindre et je m’organise en conséquence. Le matin, par exemple, je pars tôt pour éviter de prendre le même bus que les élèves (trop de bruit).

LA MOBILITÉ EN GÉNÉRAL EN VILLE ?
La voie de bus sur le pont du Mont-Blanc a selon moi contribué à améliorer le trafic. Cependant, la situation à la place de la Gare est un scandale! On ne sait pas si ce sont les taxis qui doivent passer, les bus ou les piétons. On ferme de plus en plus de rues, on met en place des sens uniques… On n’y comprend plus rien. Quelle idée de mettre les voitures en épi le long de la rue du XXXI-Décembre aux Eaux-Vives! C’est tellement dommage! Cette avenue qui donne sur le jet d’eau! On se trompe de combat. De plus, les gens sont viscéralement indépendants, ils veulent aller avec leur voiture le plus près possible du bureau. On ne sait pas appréhender l’avenir à Genève!

AU SUJET DE LA RÉORGANISATION DE LA GARE ?
A voir, mais des emmerdes pendant des années. La rue des Alpes en double sens? Je ne savais pas. La nouvelle gare est cependant très très belle, un truc super, et qui reste super fonctionnelle.

VOTRE AVIS SUR LE COMPORTEMENT DES CYCLISTES ?
Les avis sont partagés, cela dépend des jours. Parfois je sors de mon allée et j’aperçois des cyclistes qui arrivent et me bousculent… Quant au pont du Mont-Blanc, on n’en parle même pas. Ils n’ont rien à faire là! Même s’ils veulent emprunter une piste cyclable, ils ne prennent pas en compte les signaux de circulation. Et avec une telle impunité, ils se croient parfois tout permis.

QU’EST-CE QUI VOUS ÉNERVE DANS LA VIE QUOTIDIENNE AU SUJET DE LA CIRCULATION ?
Pour une ville moyenne on subit les nuisances d’une grande ville. Un réseau de circulation mal pensé et pas de parkings souterrains dans les maisons. A toutes les heures de la journée, il y a des problèmes. Et cela va plus vite que ce que les autorités essaient d’entreprendre pour les résoudre. On a par ailleurs une recrudescence de l’utilisation de la voiture. Les personnes souhaitent se parquer devant la porte de leur lieu de travail!

MOINS DE FÊTES DE GENÈVE OU PAS DE FÊTES DE GENÈVE, EST-CE QUE CE SERA MIEUX POUR LA CIRCULATION ?
L’association organisatrice n’existe plus, mais les feux existeront toujours. Que les Fêtes existent ou soient raccourcies, cela m’importe peu. Je pense que 11 jours sont une bonne durée. Nous devrions mettre l’accent sur le Jardin anglais. Car il y a un parking souterrain, un bel accès, et pas de maisons dans les alentours. Ceux qui habitent sur le quai ne sont en revanche pas contents. Ils ont pourtant la chance d’habiter dans un bel endroit. De temps en temps dans la vie, il faut accepter le fait qu’une manifestation soit mise sur pied pour tout le monde et pour que les gens viennent s’amuser.

VOUS VOYAGEZ ÉNORMÉMENT. UNE VILLE QUI SELON VOUS EST UN EXEMPLE A SUIVRE ?
Bordeaux. C’est beau, fonctionnel et simple. Il suffit de pas grand-chose. Le problème ici c’est que nous avons pris trop de retard. Les quais à Genève ne sont ni coquets ni accueillants. On n’a pas non plus le sens festif ni celui de l’accueil.

L’AVION ?
Pas d’appréhension particulière. Je trouve ça très pratique, surtout avec l’aéroport juste à côté. L’accès est cependant compliqué et sous- dimensionné. Dans beaucoup de domaines, on n’a jamais anticipé les besoins. Le temps qu’un projet se réalise, nous sommes déjà en retard.


Brigitte Rosset

À Genève, c’est compliqué.

L’humoriste varie les moyens de transport selon les trajets qu’elle doit effectuer. Sa préférence pour le train tient au fait que c’est le seul où il est vraiment possible de faire autre chose que de se déplacer.

Comment vous déplacez-vous à Genève ?
On ne se déplace pas à Genève (elle rit)! Je jongle selon les besoins. J’habite route de Jussy, le bus qui m’amène au tram 12 est peu fréquent, alors souvent je vais en vélo, parfois à pied, jusqu’à l’arrêt. Je suis devenue fan du tram. Je n’utilise la voiture que quand je suis sûre de pouvoir passer de l’autre côté. Si je me rends à Lausanne, jamais je ne prends mon auto, c’est bien mieux en train. La voiture, c’est pratique, on met tout dedans, on a tout sous la main. Sauf qu’à Genève, c’est compliqué.

Pour une humoriste, y a-t-il quelque chose qui vous fait rire dans la gestion de la mobilité par les autorités?
C’est déjà toute une organisation pour mes trajets, alors la gestion de la mobilité, ce n’est pas tellement mon sujet. Si on me disait : «Brigitte, tu as pleins pouvoirs, vas-y!» je ne saurais pas quoi faire. J’espère juste que l’arrivée du CEVA va améliorer les choses, comme le métro l’a fait à Lausanne. Ah oui! Une chose me fait rire, c’est la sortie du parking de la gare de Cornavin. Ce n’est pas possible! On dirait qu’en séance, lorsqu’on l’a construit, personne n’en a jamais parlé. Et plus jamais depuis. Quand on en sort, on a toujours l’impression d’être faux, avec les bus, les voies de tram, les piétons, les cyclistes.

Il y a aussi des miracles. En arrivant avec le tram sous le passage couvert, il fallait descendre à l’opposé de l’entrée de la gare et attendre pour traverser. Depuis la fin décembre, c’est incroyable, les portes s’ouvrent du bon côté.

Et y a-t-il quelque chose qui vous énerve?
Je me prépare tellement psychologiquement pour aller quelque part que je ne m’énerve pas. Oui, bon, la sortie du parking de Cornavin est énervante. Sinon, je sais que cela ne sert à rien. Dans le trafic, même ceux qui roulent trop lentement, je m’en fiche. Je me concentre pour ne pas m’énerver, c’est une telle perte d’énergie. Au volant, le petit vélo dans ma tête démarre, je suis mes pensées, alors je ne stresse pas. En réalité c’est seulement ceux qui s’énervent qui m’énervent! Si c’est le cas, je fais exprès de ne pas les regarder.

La circulation, tant en voiture qu’en transports publics, en vélo ou à pied, révèle certains travers de la nature humaine: lesquels remarquez-vous?
Il y a tout de même un phénomène de grosse voiture, petite voiture. Les conducteurs des grosses estiment que vous DEVEZ les laisser passer. Il y a aussi l’attitude des personnes qui circulent avec des vélos électriques. Ils ont l’air tous très heureux! Ils se tiennent droits comme des i, à la manière de Jacques Tati. Mais ils me font un peu peur, car souvent ils vont très vite. Il y a une personnalité qui colle aux vélos électriques. Des dames accrochent des fleurs à leur petit panier, ont un équipement choisi. À l’opposé, il y a la tenue des hommes sur leur vélo de course. Il n’y a rien de moins sexy. Sur leur piste cyclable, à la route de Jussy, ils nous font bien comprendre qu’ils sont sur leur terrain de jeu sportif, à eux, ils font la circulation, nous sommes sur leur espace vital.

J’ai beaucoup de sympathie pour les chauffeurs de bus. Quand on leur adresse la parole, c’est le plus souvent pour les engueuler. Dans les bus scolaires, avec cent gamins qui hurlent, je n’ose pas imaginer leur calvaire.

Et l’avion ?
Je ne suis pas très rassurée. Je ne suis pas très technologique, un simple téléphone me fascine. Comment peut-on se parler ainsi à distance? Alors un avion, cette masse d’acier qui vole, cela me dépasse. En fait, mon moyen de transport préféré est le train. On y fait ce qu’on veut, tranquillement, sauf quand des personnes parlent fort. Selon ce qu’ils disent, je sors mon carnet de notes. Je suis effarée que dans un si petit pays, certaines personnes citent des noms, dans un wagon, comme si personne ne pouvait les connaître. S’il se raconte des bêtises, je les relève, c’est parfois drôle. J’aimerais assez faire un grand voyage en train, style Orient-Express. J’étais allée avec le Théâtre de Carouge de Moscou à Saint-Pétersbourg dans la flèche rouge, c’était une expérience. D’autant que dans certains lieux, on nous donnait des barres de fer pour nous barricader, à cause des Tchétchènes…


 

Philippe Chevalier « Je parcours 80 à 100 km par jour avec mon vélo électrique

Dans l’entrée du restaurant «Chez Philippe», juste à côté de l’ascenseur et d’un football de table trône «le» véhicule. Philippe Chevrier termine une séance de coordination et nous rejoint.

ET SI NOUS PARLIONS DE MOBILITÉ…

Je suis heureux ! Cela fait deux mois et demi que je roule en vélo électrique. J’ai déjà fait 1500 km. J’ai choisi la marque suisse Stromer. Avec lui, je peux parcourir 80 à 100 km chaque jour, ce que je ne ferais jamais avec un vélo normal. Pour moi c’est un moyen de transport fantastique.

EST-CE QUE VOUS L’UTILISEZ TOUT LE TEMPS?

Quand je finis, le soir, c’est souvent assez tard, minuit, une heure. Pour rentrer à la maison, je dois faire 17 km et j’adore ce moment passé à vélo. Je m’oxygène, et me fais du bien, sans trop d’effort.

GENÈVE EST-IL UN CANTON ADAPTÉ?

Je trouve qu’il y a beaucoup de pistes cyclables. Certaines sont dangereuses. Quand elles sont placées entre le trottoir et les voitures, il faut être très attentif et très prudent, une portière peut s’ouvrir soudainement. Mais nous sommes bien fournis et avec ma compagne nous sommes devenus très branchés vélo. Nous avons acheté un «cargo» avec une sorte de benne pour mettre notre fils de deux ans et demi, il adore. Grâce aux batteries, l’autonomie est suffisante. Si je ne roule pas à fond, je peux parcourir 160 km, mais il faut pédaler assez fort.

ET LES AUTRES MOYENS DE TRANSPORT?

J’adore les voitures. Elles font partie de mes loisirs. J’adore aussi aller au Salon de l’Auto. J’aime la beauté des formes et je suis épaté par tout le système économique qui est derrière cette industrie. C’est fascinant de voir tout ce qui arrive sur le marché, il y a une prise de conscience extraordinaire.

J’étais aux 24 Heures du Mans cette année, le bruit des voitures de course a changé, les motorisations hybrides sont omniprésentes. Pour tous les jours, quelque chose a évolué, c’est dans l’air du temps. En ce qui concerne la pollution, on accuse un peu trop la voiture, il n’y a pas que ça. Dans le futur, comme en compétition, il n’y aura plus les sonorités des moteurs, cela sera compensé par des lignes incroyables, comme celles de la Mission E, prototype de voiture électrique sportive que Porsche a présenté. La mobilité électrique avance, je suis en train de réfléchir à installer une borne à Châteauvieux. Il faudra faire ce genre de choses, puisque dans cet établissement, on peut rester pour dormir, donc il faudra offrir la possibilité de recharger une voiture électrique.

SUR LE PLAN DE LA MOBILITÉ, QU’EST-CE QUI VOUS ÉNERVE?

La traversée du lac. Depuis le temps qu’on en parle, on devrait déjà l’avoir depuis longtemps, et elle serait quasiment payée! Avec un pont, on pourrait faire quelque chose de très beau. Sinon, je trouve que nous sommes bien servis, avec un réseau de transports publics complet, beaucoup de trams.

Gil Egger


Les accros du vélo sillonnent le canton

Philipp Krick a créé sa cyclomessagerie voici vingt-quatre ans.

kirck messagerie

QU’EST-CE QUI A CHANGÉ DEPUIS VOS DÉBUTS?
La manière assez latine de conduire reste la même en ce qui concerne les automobilistes. Mais aujourd’hui les mauvais comportements viennent des cyclistes, qui sont plus nombreux. Et je trouve que les transports publics n’ont pas progressé. ils sont compliqués, lents, pas fiables. Pour les cyclistes, les aménagements ne sont pas toujours judicieux, les pistes cyclables se terminent par endroit en piège. À Genève, les vélos sont souvent sur les trottoirs, on ne voit pas ça ailleurs. Il y a aussi les vélos électriques ; malheureusement, ceux qui les utilisent montrent la plupart du temps qu’ils ne savent pas rouler: c’est dangereux, il faudrait qu’ils apprennent. Fabian fait ce travail depuis huit ans, Florian quatre.

POURQUOI AVOIR CHOISI CE MÉTIER?
Pendant mes études d’assistant socio-éducatif, j’ai commencé à faire le coursier. J’ai découvert que c’est une communauté extraordinaire, nous sommes tous des passionnés. Il y a même un championnat du monde de la discipline. Si je voyage ailleurs, je vais dans la première cyclomessagerie et je trouve quelqu’un pour m’héberger. Et puis je peux travailler à temps partiel à plein temps ce serait impossible.

POUR VOUS, C’EST AUSSI UNE PASSION. COMBIEN DE COURSES FAITES VOUS CHAQUE JOUR? 

C’est assez variable; ça dépend si on a des courses normales, c’est-à-dire entre deux adresses, des tournées, des courses lointaines ou des aller et retours avec beaucoup de temps d’attente. Mais en moyenne une bonne vingtaine.

UTILISEZ-VOUS LES PISTES CYCLABLES?
Rarement, elles sont contraignantes, nous obligent à faire des détours. Notre temps est compté, nous ne voulons pas être bloqués.

PORTEZ-VOUS LE CASQUE?
Toujours, c’est l’entreprise qui l’exige. À titre privé, je le porte aussi, c’est devenu un réflexe. Quand on leur demande quelles sont les principales difficultés rencontrées dans le trafic, leur première réponse est l’inattention. Il faudrait que les automobilistes et les scootéristes regardent dans leur rétroviseur. Et fassent systématiquement attention en ouvrant leur portière, pour eux une porte qui s’ouvre soudainement c’est le cauchemar.

Gil Egger


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