Les amateurs de terrasses sont servis

Après de longs mois de disette, la faute à la crise sanitaire et ses restrictions, la Genève gourmande a retrouvé le chemin des terrasses ombragées. Besoin d’inspiration pour s’offrir une pause affriolante pour les papilles et prendre une bouffée d’air à l’heure du repas de midi ou en soirée ?

Façon bouchon lyonnais

Son nom, Le Comptoir Canaille,est déjà une tentation. Sis au boulevard Carl-Vogt, l’établissement, doté d’une terrasse, s’inspire des traditionnels bouchons lyonnais où sont servies les spécialités du cru. Au Comptoir Canaille, on oublie donc les tendances pour se concentrer sur des plats maison réalisés avec des produits frais. On ne badine pas avec la qualité. Pas question de bâcler les préparations, tous les mets prennent le temps de mijoter. Petite originalité : une caisse dite la caisse à chat trône sur le comptoir. Mystère… elle contient des breuvages et millésimes, des lots isolés lors du renouvellement de la carte – que la clientèle peut déguster sur place ou à l’emporter.

Vue sur la ville

Sa terrasse surplombe la ville à hauteur des toits. L’Adresse, rue du 31-Décembre, ne ressemble à aucun autre établissement. Avec son style très urbain, ce n’est pas seulement un bistrot mais aussi un espace qui accueille une boutique de mode proposant les dernières tendances. Au menu ? C’est la cuisine méditerranéenne – concoctée sur place – qui est privilégiée. La carte propose aussi des préparations healthy dans l’air du temps.

Au cœur du musée

Le Barocco a pris ses quartiers au sein du Musée d’art et d’histoire. Lecafé restaurant, du 2 rue Charles-Galland est doté d’une terrasse dissimulée dans l’enceinte du musée. Au milieu des orangers, la pause déjeuner est apaisante. Discret mais aussi chargé d’histoire, l’endroit est propice à la rêverie. Dans les assiettes ? Des produits qui fleurent bon le terroir. 

Envie de lézarder ?

Tout ici invite à la détente, à la respiration profonde. La Guinguette, située à l’avenue William Favre, face à un parc arboré, a des airs de pause estivale. Le soir, les apéros copieux se dégustent entre amis. Et les amateurs de pétanque peuvent tirer ou pointer selon leur talent. L’établissement est ouvert le dimanche matin, histoire de profiter des lieux pour un petit déjeuner au soleil.

Un petit coin d’Italie

Installé au 43 route des Acacias depuis plus de 10 ans, Le Balthazar est un ticket pour l’Italie. À l’ombre sur la vaste terrasse ou dans la salle à la déco de bistrot parisien, l’établissement ne badine pas avec la qualité des mets servis. Les pâtes fraîches sont créées de manière artisanale afin de révéler les sauces avec lesquelles elles se marient. Repas d’affaires, déjeuners détente ou afterwork, l’établissement invite au voyage gustatif.

Adélita Genoud

Traversée du lac, un projet écologique et économique

La traversée du lac et le contournement Est de Genève verront-ils le jour ? Six ans après que le peuple genevois se soit déclaré favorable à ce projet d’envergure, soumis cette année à Berne, les opposants n’en démordent pas. L’infrastructure, postulent-ils, va créer un appel d’air en faisant flamber le trafic motorisé en ville. Et pourtant, sans cet aménagement, Genève perd chaque année entre 120 et 200 millions de francs, soit le coût des congestions générées chaque jour par un trafic de transit sur les principales pénétrantes de la cité de Calvin.

Le projet de traversée du lac illustré par Loris Grillet

La traversée de la rade, l’arlésienne genevoise, que l’évolution de la Genève économiquement dynamique a dû transformer en 2016 déjà en traversée du lac, est aujourd’hui sous la coupole. Devisé à plus de 4,7 milliards de francs, le contournement Est demeure en effet tributaire de la manne fédérale. Il s’inscrirait dans le cadre de la planification des routes nationales, en vue d’un financement par le fonds FORTA.

En attendant la consultation à l’agenda 2023 des Chambres fédérales, la traversée du lac a été appelée de ses vœux par le peuple. Lequel s’était favorablement prononcé sur l’initiative constitutionnelle de juin 2016, tandis que trois ans plus tard un crédit de 6,3 millions de francs était alloué par le Grand conseil pour la réalisation de diverses études préparatoires.

Le prix des congestions

Si Genève se fait pressante quant à une vaste réorganisation de son réseau urbain, c’est qu’elle souhaite désengorger son centre pris d’assaut aux heures de pointe par un trafic de transit. Ainsi, il s’agirait de permettre de relier le Vengeron à la Pallanterie. Un pont haubané surplomberait le lac à une distance d’environ deux cents mètres des rives. Le programme inclurait aussi la construction d’un contournement autoroutier. Celui-ci vise le développement de l’ensemble des réseaux de transports dans une multimodalité globale, en favorisant encore le report des capacités routières aujourd’hui concentrées au centre-ville. Une partie des axes serait enterrée afin de limiter l’impact sur l’environnement. Focus sur quelques points névralgiques : sur le pont du Mont-Blanc (axe Cornavin-Rive, quai du Mont-Blanc), plusieurs voies dévolues au trafic individuel motorisé seraient supprimées et les transports publics pourraient circuler en site propre dans les deux sens. Des pistes cyclables seraient aménagées. S’agissant de la place de Neuve, là encore le trafic motorisé privé serait partiellement suspendu et les cyclistes pourraient reconquérir l’espace. Au pont Butin, une voie de circulation serait sacrifiée (direction sud), tandis que les zones dédiées aux vélos seraient élargies. 

Pour Yves Gerber, directeur de la section genevoise du TCS, le contournement Est offre une multitude d’avantages directs et indirects. « La réalisation du projet aura un effet positif en lien avec les véhicules/km à l’intérieur du centre-ville. Lesquels sont estimés à -11% dans la ceinture urbaine et à -20% dans l’hypercentre. Ce qui réduit d’autant les nuisances en matière d’émissions polluantes et sonores. »

Une meilleure qualité de vie

Mais ce n’est là que la partie la plus visible l’iceberg. Cette redistribution des cartes représente un atout de taille pour l’urbanisation future. L’espace libéré par la circulation routière pourra être réaffecté à une mobilité douce et aux transports collectifs. Cette requalification urbaine dans le centre et la couronne genevoise permettrait d’exploiter de nouvelles opportunités, comme la déminéralisation et la végétalisation des routes pour favoriser des îlots de verdure. Ces implantations végétales qui se frayeraient ainsi un passage concourent à une meilleure qualité de vie. Il reste que l’opposition se cristallise aussi sur le montant qu’il faudrait affecter à la réalisation d’une traversée du lac, oubliant que le statu quo n’est pas sans incidence financière. « Selon une étude réalisée à Zurich et projetée sur Genève, l’immobilisation du trafic coûte chaque année entre 120 et 200 millions de francs. Avons-nous les moyens de jeter en dix ans entre 1,2 milliard et 2 milliards par les fenêtres ? », interroge le directeur du TCS Genève. Et d’ajouter : « L’investissement – certes imposant – serait au minimum une opération blanche. En d’autres termes, les 4,7 milliards de francs injectés seraient, même dans une vision pessimiste, rapidement épongés. »

Le projet permettra-t-il au canton de réduire drastiquement les émissions de CO2 pour atteindre son objectif ? Le rapport genevois estime que ce ne sera pas le cas, même s’il ne tient pas compte d’une accélération des immatriculations de véhicules électriques. Il relève cependant que les avantages en matière de mobilité sont incontestables. La traversée du lac permettrait de nouvelles relations entre la Suisse et la France, offrant ainsi unemeilleure connexion du Grand Genèveaux réseaux régionaux, nationaux et supra-régionaux. Les charges sur le réseau autoroutier à la douane de Bardonnex et sur l’A40 au pied du Salève seraient, elles, allégées. Sans compter qu’en rapprochant ainsi les deux rives, l’impact sur le temps de parcours et les accidents serait indéniable. Le dossier genevois passera-t-il la rampe confédérale ? La traversée du lac sortira-t-elle de l’eau en 2040 ?

Adélita Genoud

Le saviez-vous ?

La section genevoise du TCS réunit les acteurs de la mobilité sur le plateau de Radio Lac dans l’émission Carrefours tous les mardis de 14h à 15h. Les replays sont disponibles sur la page internet de Radio Lac.

Claude Devillard

Le plaisir de conduire comme avant a disparu

Claude Devillard

COMMENT VOUS DÉPLACEZ-VOUS À GENÈVE ?
Quand c’est nécessaire, je prends la voiture. De mon domicile d’Onex à la gare, je circule en tram. En un quart d’heure, je suis en ville, sans problème de parking ni de stress. C’est pour moi une question de rapidité! Mes quatre enfants ont tous le permis de conduire depuis leurs 18 ans. À mes yeux, cela reste le gain d’une certaine liberté. Ils ne veulent pas avoir leur propre voiture et s’enquiquiner à chercher où parquer, ils empruntent donc celles des parents. Ils se déplacent un maximum en transports publics. Lorsqu’il le faut, ils prennent un véhicule Mobility ou ils louent une voiture pour partir en week-end.

QUEL EST VOTRE RAPPORT À LA VOITURE ?
La voiture, c’était un sentiment de liberté d’une part, et le plaisir de conduire d’autre part. Aujourd’hui je dois reconnaître que je n’éprouve plus beaucoup de satisfaction à conduire comme avant. J’envisage d’ailleurs de mettre à disposition de l’entreprise un chauffeur car, selon le parcours, le voyage en transports publics peut s’avérer compliqué. Un trajet avec chauffeur permettrait d’optimiser mon temps en lisant mes e-mails et en effectuant mes appels. Le plaisir de conduire revient lorsque l’on fait un déplacement sympathique le week-end, hors des sentiers battus, loin de la circulation et sans stress. J’apprécie! Mais pour une utilisation professionnelle, c’est insupportable!

LA MAISON DEVILLARD EMPLOIE UNE CENTAINE D’EMPLOYÉS SUR DIFFÉRENTS SITES. SONT-ILS INCITÉS À PRENDRE LES TRANSPORTS PUBLICS ?
Oui absolument, on a même une prime spéciale mensuelle pour les collaborateurs qui adoptent la mobilité douce. C’est-à-dire TPG ou vélo. Nous leur offrons l’équivalent du prix de l’abonnement TPG. Ça marche bien! Et nous avons même construit depuis un garage à vélo!

QUAND LE CEVA SERA EFFECTIF ET SI L’OPPORTUNITÉ EN VAUT LA PEINE, ENVISAGERIEZ-VOUS D’OFFRIR À VOS COLLABORATEURS FRONTALIERS CES MÊMES CONDITIONS ?
Oui, tout à fait, s’ils ne prennent plus la voiture! Toutes les mesures que nous mettons en place pour diminuer le trafic sont favorables à tous.

PARLONS DES CYCLISTES: COMMENT LES RESSENTEZ-VOUS EN VILLE DE GENÈVE ?
C’est effrayant! Je pense que la plus grande source d’anxiété pour un conducteur quel qu’il soit, c’est les cyclistes. Majoritairement, ils débouchent de nulle part, ils brûlent les feux rouges, ils ne respectent ni les trottoirs ni les passages piétons.

À PROPOS DE LA MOBILITÉ À GENÈVE ET DES PROJETS D’AMÉNAGEMENT, NOUS PENSONS À LA GARE OU À LA TRAVERSÉE DU LAC PAR EXEMPLE, QUELLE EST VOTRE POSITION ?
Je pense qu’il faut agrandir la gare puisque le transport ferroviaire va augmenter. Ce que je regrette c’est que l’on n’ait pas finalisé la «raquette» (le tracé qui va de l’aéroport à la gare). Nous aurions pu proposer un projet d’agrandissement de la gare plus raisonnable et une meilleure fluidité dans le trafic. D’autre part, il est regrettable de ne pas avoir trouvé d’accord avec la gauche et les écologistes, pour construire un pont ou un tunnel sur le lac. Éventuellement un pont à deux étages, d’une part pour les véhicules individuels et d’autre part pour les trains.

VOUS VOYAGEZ BEAUCOUP ET VOUS CONNAISSEZ SANS DOUTE D’AUTRES VILLES COMPARABLES À GENÈVE. AVEZ-VOUS UNE RÉFÉRENCE OU UN MODÈLE EN MATIÈRE D’AMÉNAGEMENTS ET D’ORGANISATION DE LA CIRCULATION ?
À Paris, Londres, Berlin, Bruxelles, je n’imagine même pas circuler autrement qu’en transports publics. Ils sont bien organisés, notamment le métro qui dispose de connexions et de plans très pratiques. Prendre la voiture n’aurait pas de sens! J’ai eu récemment un coup de foudre pour la ville de Copenhague. Ils ont conçu des «autoroutes» pour vélos qui permettent une circulation fluide, rapide et en toute sécurité. En conclusion, il faut cependant souligner les travaux d’aménagement de la Voie verte à Genève, semblable à la Green Line de New York. C’est vraiment une réussite! Enfin, je suis convaincu que le modèle CEVA genevois, associé à un bon réseau de trams, devrait aider considérablement à l’amélioration du trafic en ville. Le CEVA sera très agréable autant pour ceux qui sont au-dessus que pour ceux qui sont en dessous!

Propos recueillis par Gil Egger


Alain Morisod

LA MOBILITÉ A GENÈVE ? UN SCANDALE!

COMMENT VOUS DÉPLACEZ-VOUS À GENÈVE ?
Essentiellement en bus, d’Anières, où j’habite, aux Eaux-Vives, où je travaille. Je suis abonné aux TPG depuis plus de 40 ans et je n’ai jamais appris à conduire. Pendant la journée, il arrive qu’un de mes collaborateurs m’amène à mes rendez-vous, sinon je fais appel à un taxi. Je suis un bon client des taxis, mais pas forcément des taxis Uber (rires).

POUR QUELLE RAISON ?
Je me sens proche des taxis genevois et leur service est très bon. Je les connais pratiquement tous.

VOUS NOUEZ DES RELATIONS DANS LES TPG ?
Ah oui! Certains chauffeurs sont très loquaces, d’autres plus discrets. Avec certains on se tutoie même. Pour la petite histoire, l’un d’eux m’a dit: «C’est vous ou bien vous lui ressemblez?». C’est assez sympathique. Selon moi, à Genève, les personnes qui gueulent contre les transports publics sont celles qui ne les utilisent pas. Ils sont à l’heure, ils fonctionnent tous les jours. On oublie que nous sommes mieux lotis qu’ailleurs, comme en France par exemple où la tolérance d’horaire est d’une demi-heure à trois heures. Je n’ai personnellement pas à me plaindre et je m’organise en conséquence. Le matin, par exemple, je pars tôt pour éviter de prendre le même bus que les élèves (trop de bruit).

LA MOBILITÉ EN GÉNÉRAL EN VILLE ?
La voie de bus sur le pont du Mont-Blanc a selon moi contribué à améliorer le trafic. Cependant, la situation à la place de la Gare est un scandale! On ne sait pas si ce sont les taxis qui doivent passer, les bus ou les piétons. On ferme de plus en plus de rues, on met en place des sens uniques… On n’y comprend plus rien. Quelle idée de mettre les voitures en épi le long de la rue du XXXI-Décembre aux Eaux-Vives! C’est tellement dommage! Cette avenue qui donne sur le jet d’eau! On se trompe de combat. De plus, les gens sont viscéralement indépendants, ils veulent aller avec leur voiture le plus près possible du bureau. On ne sait pas appréhender l’avenir à Genève!

AU SUJET DE LA RÉORGANISATION DE LA GARE ?
A voir, mais des emmerdes pendant des années. La rue des Alpes en double sens? Je ne savais pas. La nouvelle gare est cependant très très belle, un truc super, et qui reste super fonctionnelle.

VOTRE AVIS SUR LE COMPORTEMENT DES CYCLISTES ?
Les avis sont partagés, cela dépend des jours. Parfois je sors de mon allée et j’aperçois des cyclistes qui arrivent et me bousculent… Quant au pont du Mont-Blanc, on n’en parle même pas. Ils n’ont rien à faire là! Même s’ils veulent emprunter une piste cyclable, ils ne prennent pas en compte les signaux de circulation. Et avec une telle impunité, ils se croient parfois tout permis.

QU’EST-CE QUI VOUS ÉNERVE DANS LA VIE QUOTIDIENNE AU SUJET DE LA CIRCULATION ?
Pour une ville moyenne on subit les nuisances d’une grande ville. Un réseau de circulation mal pensé et pas de parkings souterrains dans les maisons. A toutes les heures de la journée, il y a des problèmes. Et cela va plus vite que ce que les autorités essaient d’entreprendre pour les résoudre. On a par ailleurs une recrudescence de l’utilisation de la voiture. Les personnes souhaitent se parquer devant la porte de leur lieu de travail!

MOINS DE FÊTES DE GENÈVE OU PAS DE FÊTES DE GENÈVE, EST-CE QUE CE SERA MIEUX POUR LA CIRCULATION ?
L’association organisatrice n’existe plus, mais les feux existeront toujours. Que les Fêtes existent ou soient raccourcies, cela m’importe peu. Je pense que 11 jours sont une bonne durée. Nous devrions mettre l’accent sur le Jardin anglais. Car il y a un parking souterrain, un bel accès, et pas de maisons dans les alentours. Ceux qui habitent sur le quai ne sont en revanche pas contents. Ils ont pourtant la chance d’habiter dans un bel endroit. De temps en temps dans la vie, il faut accepter le fait qu’une manifestation soit mise sur pied pour tout le monde et pour que les gens viennent s’amuser.

VOUS VOYAGEZ ÉNORMÉMENT. UNE VILLE QUI SELON VOUS EST UN EXEMPLE A SUIVRE ?
Bordeaux. C’est beau, fonctionnel et simple. Il suffit de pas grand-chose. Le problème ici c’est que nous avons pris trop de retard. Les quais à Genève ne sont ni coquets ni accueillants. On n’a pas non plus le sens festif ni celui de l’accueil.

L’AVION ?
Pas d’appréhension particulière. Je trouve ça très pratique, surtout avec l’aéroport juste à côté. L’accès est cependant compliqué et sous- dimensionné. Dans beaucoup de domaines, on n’a jamais anticipé les besoins. Le temps qu’un projet se réalise, nous sommes déjà en retard.


Brigitte Rosset

À Genève, c’est compliqué.

L’humoriste varie les moyens de transport selon les trajets qu’elle doit effectuer. Sa préférence pour le train tient au fait que c’est le seul où il est vraiment possible de faire autre chose que de se déplacer.

Comment vous déplacez-vous à Genève ?
On ne se déplace pas à Genève (elle rit)! Je jongle selon les besoins. J’habite route de Jussy, le bus qui m’amène au tram 12 est peu fréquent, alors souvent je vais en vélo, parfois à pied, jusqu’à l’arrêt. Je suis devenue fan du tram. Je n’utilise la voiture que quand je suis sûre de pouvoir passer de l’autre côté. Si je me rends à Lausanne, jamais je ne prends mon auto, c’est bien mieux en train. La voiture, c’est pratique, on met tout dedans, on a tout sous la main. Sauf qu’à Genève, c’est compliqué.

Pour une humoriste, y a-t-il quelque chose qui vous fait rire dans la gestion de la mobilité par les autorités?
C’est déjà toute une organisation pour mes trajets, alors la gestion de la mobilité, ce n’est pas tellement mon sujet. Si on me disait : «Brigitte, tu as pleins pouvoirs, vas-y!» je ne saurais pas quoi faire. J’espère juste que l’arrivée du CEVA va améliorer les choses, comme le métro l’a fait à Lausanne. Ah oui! Une chose me fait rire, c’est la sortie du parking de la gare de Cornavin. Ce n’est pas possible! On dirait qu’en séance, lorsqu’on l’a construit, personne n’en a jamais parlé. Et plus jamais depuis. Quand on en sort, on a toujours l’impression d’être faux, avec les bus, les voies de tram, les piétons, les cyclistes.

Il y a aussi des miracles. En arrivant avec le tram sous le passage couvert, il fallait descendre à l’opposé de l’entrée de la gare et attendre pour traverser. Depuis la fin décembre, c’est incroyable, les portes s’ouvrent du bon côté.

Et y a-t-il quelque chose qui vous énerve?
Je me prépare tellement psychologiquement pour aller quelque part que je ne m’énerve pas. Oui, bon, la sortie du parking de Cornavin est énervante. Sinon, je sais que cela ne sert à rien. Dans le trafic, même ceux qui roulent trop lentement, je m’en fiche. Je me concentre pour ne pas m’énerver, c’est une telle perte d’énergie. Au volant, le petit vélo dans ma tête démarre, je suis mes pensées, alors je ne stresse pas. En réalité c’est seulement ceux qui s’énervent qui m’énervent! Si c’est le cas, je fais exprès de ne pas les regarder.

La circulation, tant en voiture qu’en transports publics, en vélo ou à pied, révèle certains travers de la nature humaine: lesquels remarquez-vous?
Il y a tout de même un phénomène de grosse voiture, petite voiture. Les conducteurs des grosses estiment que vous DEVEZ les laisser passer. Il y a aussi l’attitude des personnes qui circulent avec des vélos électriques. Ils ont l’air tous très heureux! Ils se tiennent droits comme des i, à la manière de Jacques Tati. Mais ils me font un peu peur, car souvent ils vont très vite. Il y a une personnalité qui colle aux vélos électriques. Des dames accrochent des fleurs à leur petit panier, ont un équipement choisi. À l’opposé, il y a la tenue des hommes sur leur vélo de course. Il n’y a rien de moins sexy. Sur leur piste cyclable, à la route de Jussy, ils nous font bien comprendre qu’ils sont sur leur terrain de jeu sportif, à eux, ils font la circulation, nous sommes sur leur espace vital.

J’ai beaucoup de sympathie pour les chauffeurs de bus. Quand on leur adresse la parole, c’est le plus souvent pour les engueuler. Dans les bus scolaires, avec cent gamins qui hurlent, je n’ose pas imaginer leur calvaire.

Et l’avion ?
Je ne suis pas très rassurée. Je ne suis pas très technologique, un simple téléphone me fascine. Comment peut-on se parler ainsi à distance? Alors un avion, cette masse d’acier qui vole, cela me dépasse. En fait, mon moyen de transport préféré est le train. On y fait ce qu’on veut, tranquillement, sauf quand des personnes parlent fort. Selon ce qu’ils disent, je sors mon carnet de notes. Je suis effarée que dans un si petit pays, certaines personnes citent des noms, dans un wagon, comme si personne ne pouvait les connaître. S’il se raconte des bêtises, je les relève, c’est parfois drôle. J’aimerais assez faire un grand voyage en train, style Orient-Express. J’étais allée avec le Théâtre de Carouge de Moscou à Saint-Pétersbourg dans la flèche rouge, c’était une expérience. D’autant que dans certains lieux, on nous donnait des barres de fer pour nous barricader, à cause des Tchétchènes…


 

U lacustre, les autorités aggravent les bouchons

Le TCS Genève avait accepté l’installation d’une voie de bus réservée aux transports publics sur le pont du Mont-Blanc à la condition que le trafic du U lacustre soit fluidifié. Les projets en cours ne vont pas dans le bon sens.

 

Actuellement, c’est au quai Gustave-Ador que les choses les plus inquiétantes sont en train de se jouer. Le TCS Genève soutient la création d’une piste cyclable bidirectionnelle sur ce quai, mais en maintenant les voies de circulation existantes et le stationnement longitudinal.

De longues fils d’attente

Le projet officiel veut supprimer 68 places de stationnement pour les voitures et deux places pour les cars, afin d’obtenir deux voies de circulation dans le sens de la sortie de ville. Or, ce n’est pas là que l’on observe les problèmes les plus lancinants; cette mesure est donc contestable. Elle l’est d’autant plus que ce stationnement perdu ne sera pas compensé, alors que ces places ont une réelle utilité dans le quartier.

La multiplication des feux de circulation a toujours un impact négatif sur la fluidité du trafic. Les autorités prévoient l’installation de quatre feux supplémentaires sur le quai Gustave-Ador (rue de la Scie, rue des Pierres-du-Niton, avenue de la Grenade et avenue William-Favre). Leur effet sera nuisible à l’écoulement du trafic et réduira la perméabilité par rapport aux traversées piétonnes et cyclistes. La liaison entre le quartier des Eaux-Vives et les quais ne sera pas simplifiée.

Il convient de relever que les feux engendrent des freinages et des redémarrages augmentant le niveau du bruit, en contradiction avec la volonté exprimée par les autorités de le diminuer. Le sens d’entrée en ville pose quotidiennement des problèmes aux usagers. Cela va s’aggraver dès lors que le projet officiel ne comprend plus une double voie continue: plusieurs présélections à gauche vont l’interrompre. D’autres solutions sont parfaitement réalisables pour éviter ces goulets d’étranglement. À proximité, un autre aménagement contestable a été relevé par le TCS. La suppression de la troisième voie de circulation entre le boulevard Helvétique et la place du Port en direction du pont du Mont-Blanc induira un risque de remontée de files d’attente jusqu’à Frontenex. Le trafic descendant du boulevard Helvétique serait également pénalisé.

Des pistes cyclables mieux conçues

Afin de réduire la distance entre les arbres et les cyclistes, pour éviter d’empiéter sur les voies de circulation, le TCS a proposé en 2014 la pose de grilles cyclables autour des arbres. Cette proposition fait l’objet d’une vaste consultation du Conseil des Déplacements (CODEP), qui a abouti à une solution négociée acceptée par les membres de ce Conseil. Le TCS regrette que cette solution raisonnable ait été abandonnée après l’introduction de la Loi sur une Mobilité Cohérente et Equilibrée (LMCE).

De nos jours, des solutions modernes permettent d’éviter des situations absurdes. Ainsi, la piste cyclable finit à la jonction du quai Gustave-Ador et de celui du Général-Guisan. Un feu donne la priorité aux cyclistes pendant 30 secondes. Or, la plupart du temps, aucun vélo n’est présent. Un simple détecteur à cet endroit supprimerait facilement ces longues attentes inutiles et contribuerait à fluidifier le trafic en direction du pont du Mont-Blanc.

Concernant ce dernier, le TCS préconise la construction d’une passerelle extérieure en amont, afin de revenir à des voies de circulations normales sur le pont. La Ville de Genève doit enfin aménager l’ouvrage qui avait fait l’objet d’un concours de projets
il y a plusieurs années. Le TCS lui-même a primé des concepts de passerelles réalisables sans grands coûts et sans gêne pour les mouvements des bateaux de la CGN.

Philippe Chevalier « Je parcours 80 à 100 km par jour avec mon vélo électrique

Dans l’entrée du restaurant «Chez Philippe», juste à côté de l’ascenseur et d’un football de table trône «le» véhicule. Philippe Chevrier termine une séance de coordination et nous rejoint.

ET SI NOUS PARLIONS DE MOBILITÉ…

Je suis heureux ! Cela fait deux mois et demi que je roule en vélo électrique. J’ai déjà fait 1500 km. J’ai choisi la marque suisse Stromer. Avec lui, je peux parcourir 80 à 100 km chaque jour, ce que je ne ferais jamais avec un vélo normal. Pour moi c’est un moyen de transport fantastique.

EST-CE QUE VOUS L’UTILISEZ TOUT LE TEMPS?

Quand je finis, le soir, c’est souvent assez tard, minuit, une heure. Pour rentrer à la maison, je dois faire 17 km et j’adore ce moment passé à vélo. Je m’oxygène, et me fais du bien, sans trop d’effort.

GENÈVE EST-IL UN CANTON ADAPTÉ?

Je trouve qu’il y a beaucoup de pistes cyclables. Certaines sont dangereuses. Quand elles sont placées entre le trottoir et les voitures, il faut être très attentif et très prudent, une portière peut s’ouvrir soudainement. Mais nous sommes bien fournis et avec ma compagne nous sommes devenus très branchés vélo. Nous avons acheté un «cargo» avec une sorte de benne pour mettre notre fils de deux ans et demi, il adore. Grâce aux batteries, l’autonomie est suffisante. Si je ne roule pas à fond, je peux parcourir 160 km, mais il faut pédaler assez fort.

ET LES AUTRES MOYENS DE TRANSPORT?

J’adore les voitures. Elles font partie de mes loisirs. J’adore aussi aller au Salon de l’Auto. J’aime la beauté des formes et je suis épaté par tout le système économique qui est derrière cette industrie. C’est fascinant de voir tout ce qui arrive sur le marché, il y a une prise de conscience extraordinaire.

J’étais aux 24 Heures du Mans cette année, le bruit des voitures de course a changé, les motorisations hybrides sont omniprésentes. Pour tous les jours, quelque chose a évolué, c’est dans l’air du temps. En ce qui concerne la pollution, on accuse un peu trop la voiture, il n’y a pas que ça. Dans le futur, comme en compétition, il n’y aura plus les sonorités des moteurs, cela sera compensé par des lignes incroyables, comme celles de la Mission E, prototype de voiture électrique sportive que Porsche a présenté. La mobilité électrique avance, je suis en train de réfléchir à installer une borne à Châteauvieux. Il faudra faire ce genre de choses, puisque dans cet établissement, on peut rester pour dormir, donc il faudra offrir la possibilité de recharger une voiture électrique.

SUR LE PLAN DE LA MOBILITÉ, QU’EST-CE QUI VOUS ÉNERVE?

La traversée du lac. Depuis le temps qu’on en parle, on devrait déjà l’avoir depuis longtemps, et elle serait quasiment payée! Avec un pont, on pourrait faire quelque chose de très beau. Sinon, je trouve que nous sommes bien servis, avec un réseau de transports publics complet, beaucoup de trams.

Gil Egger


Les accros du vélo sillonnent le canton

Philipp Krick a créé sa cyclomessagerie voici vingt-quatre ans.

kirck messagerie

QU’EST-CE QUI A CHANGÉ DEPUIS VOS DÉBUTS?
La manière assez latine de conduire reste la même en ce qui concerne les automobilistes. Mais aujourd’hui les mauvais comportements viennent des cyclistes, qui sont plus nombreux. Et je trouve que les transports publics n’ont pas progressé. ils sont compliqués, lents, pas fiables. Pour les cyclistes, les aménagements ne sont pas toujours judicieux, les pistes cyclables se terminent par endroit en piège. À Genève, les vélos sont souvent sur les trottoirs, on ne voit pas ça ailleurs. Il y a aussi les vélos électriques ; malheureusement, ceux qui les utilisent montrent la plupart du temps qu’ils ne savent pas rouler: c’est dangereux, il faudrait qu’ils apprennent. Fabian fait ce travail depuis huit ans, Florian quatre.

POURQUOI AVOIR CHOISI CE MÉTIER?
Pendant mes études d’assistant socio-éducatif, j’ai commencé à faire le coursier. J’ai découvert que c’est une communauté extraordinaire, nous sommes tous des passionnés. Il y a même un championnat du monde de la discipline. Si je voyage ailleurs, je vais dans la première cyclomessagerie et je trouve quelqu’un pour m’héberger. Et puis je peux travailler à temps partiel à plein temps ce serait impossible.

POUR VOUS, C’EST AUSSI UNE PASSION. COMBIEN DE COURSES FAITES VOUS CHAQUE JOUR? 

C’est assez variable; ça dépend si on a des courses normales, c’est-à-dire entre deux adresses, des tournées, des courses lointaines ou des aller et retours avec beaucoup de temps d’attente. Mais en moyenne une bonne vingtaine.

UTILISEZ-VOUS LES PISTES CYCLABLES?
Rarement, elles sont contraignantes, nous obligent à faire des détours. Notre temps est compté, nous ne voulons pas être bloqués.

PORTEZ-VOUS LE CASQUE?
Toujours, c’est l’entreprise qui l’exige. À titre privé, je le porte aussi, c’est devenu un réflexe. Quand on leur demande quelles sont les principales difficultés rencontrées dans le trafic, leur première réponse est l’inattention. Il faudrait que les automobilistes et les scootéristes regardent dans leur rétroviseur. Et fassent systématiquement attention en ouvrant leur portière, pour eux une porte qui s’ouvre soudainement c’est le cauchemar.

Gil Egger


« Mobility pricing », ça sonne bien, mais…

Le défi, c’est aussi sans doute ce qui motive celles et ceux qui choisissent de se déplacer aux heures de pointe: c’est tellement sympa de se retrouver dans des bouchons!

Là, c’est une véritable punition qu’on voudrait infliger à travers le principe de la mobilité tarifée à tous ceux qui roulent pour se rendre à leur travail ou en revenir et qui n’ont pas vraiment le choix de leur horaire. Même les CFF y songent… Camouflet infligé au passage aux entreprises qui pourraient bien, après tout, convoquer leurs collaborateurs à 10h30, 15h15 ou 2h du matin… Variante… ou complément, la proposition de l’Office fédéral des routes de remplacer la vignette par une taxe au kilomètre, histoire de punir non seulement ceux qui se déplacent à certaines heures, mais tous ceux qui roulent beaucoup. Comme si derechef cela ne résultait que d’un choix! Nous l’avons écrit en préambule: toutes les mesures visant à modérer le développement du trafic ne sont pas à condamner sans réflexion. Mais on n’ose imaginer un monde de la mobilité dans lequel tout ce qui précède serait cumulé aux fins de dissuasion. Car finalement c’est bien de cela qu’il s’agit: puisqu’aucun élu n’osera jamais se faire hara-kiri en réclamant une interdiction générale des déplacements privés, d’aucuns peuvent espérer que la multiplication des chicanes et des taxes en aura raison. La vigilance s’impose donc face à un acharnement qui ne dit pas son nom.

Didier Fleck


Et revoilà le péage urbain!

Décidément on adore relancer les mauvaises idées qui n’ont pas été concrétisées pour de bonnes raisons. C’est le cas du péage urbain et de la mobilité tarifée en général (voir paragraphe suivant), enterrés par les Chambres fédérales. On connaît le principe, appliqué notamment à Londres, Stockholm et Helsinki: les plaques des véhicules franchissant une frontière urbaine virtuelle sont photographiées et un système informatique facture à leurs détenteurs le prix de l’outrecuidance qui les a amenés à s’introduire en ville. Comme si tous avaient le choix d’aller se faire voir ailleurs et n’entraient en ville que pour narguer l’autorité!

Didier Fleck


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